Plume et clavier

11 janvier 2022

LES HALLES BOCUSE

LES HALLES BOCUSE

 

Les Halles 

 

 

 

Si s'alimenter est souvent une corvée au quotidien, bien se nourrir demande inventivité, savoir-faire et produits de qualité.

 

« Cela ne peut être que bon, puisqu'il n'y a que des bonnes choses dedans », disaient nos grands-mères, qui allaient au marché acheter des légumes du producteur local, du poisson fraîchement pêché, de la viande découpée devant elles, de la volaille avec entrailles, tête et plumes.

 

Notre monde du « prêt-à-manger » comme l'arborent les enseignes britanniques ne pourra jamais concurrencer l'art culinaire.

Si manger sur le pouce permet de gagner du temps, manger bon reste un plaisir de la vie.

 

Les Lyonnais honorent leur ville classée « capitale mondiale de la gastronomie». Quotidiennement, ils fréquentent les marchés de quartiers. Mais le nec plus ultra se trouve dans le 6ème arrondissement.

 

Ce sont les Halles Bocuse.

 

Incontournable pour les touristes, ce lieu reste le meilleur endroit pour acheter sain, trouver l'épice rare, le fruit exotique, la viande de qualité, le poisson frais, le dessert succulent.

Les Halles Bocuse ne sont pas un marché couvert comme les autres. C'est un endroit que les étrangers visitent et tout un chacun s'y rend pour se fournir, certes, mais aussi pour rêver devant la beauté des étals, trouver l'inspiration ou rêver à des menus invraisemblables.

Petite ou grande quantité achetée, vous êtes servi avec la même amabilité et le même professionnalisme.

 

Bouchers, écaillers, poissonniers, volaillers, épiciers, pâtissiers, boulangers, chocolatiers, traiteurs, fromagers, côtoient des épiceries fines, ibériques, italiennes ou du Moyen-Orient.

Toutes les spécialités culinaires de Lyon y sont proposées : quenelle, saucisson brioché, tablier de sapeur, cervelle de Canut ainsi que les pralines, coussins et autres douceurs. Pour qui a envie de faire une pause, il est possible de s'asseoir dans un bar, un café ou un restaurant.

 

Si les Halles Paul Bocuse rendent hommage au pape de la gastronomie française, chaque allée porte le nom d'une mère lyonnaise renommée pour son « bouchon » : Eugénie Brasier, Renée Richard, Alice Vittet, Clotilde Bizolon, Françoise Filoux.

 

Toute l'histoire de la gastronomie est mise en valeur afin que la tradition perdure !

 

 

 

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01 janvier 2022

VOEUX 2022

VŒUX 2022

 

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Que souhaiter pour l'année à venir ?

Par habitude ou paresse, nous piochons parmi ces formules banales : Bonne année, bonne santé ! Meilleurs vœux !

 

Il est possible, cependant, de s'inspirer des auteurs qui ont présenté des vœux plus personnels.

En 1968, par exemple, Jacques Brel a partagé une liste que voici :

 

«Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.

Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier.

Je vous souhaite des passions,

Je vous souhaite des silences.

Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants.

Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.

Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence et aux vertus négatives de notre époque.

Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l'aventure, à la vie, à l'amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.

Je vous souhaite surtout d'être vous, fier et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. »

 

A chacun de retenir ce qui lui convient !

 

Pour ceux qui veulent ajouter une touche d'humour à cette tradition, lisons ce que Jules Renard a écrit dans son Journal :

« Je vous apporte mes vœux.

-Merci. Je tâcherai d'en faire quelque chose. »

 

Pour 2022, je vous souhaite de profiter de chaque instant de cette vie qui nous est précieuse !

France Lestelle

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24 novembre 2021

NI EXPLOIT NI INCONSCIENCE

NI EXPLOIT NI INCONSCIENCE

 

 

 

Piscine nuit hiver

 

 

 

Le complexe nautique accueille les usagers de midi à 19h. Seul le bassin olympique est ouvert. Il était accessible par un couloir de nage mais les mesures sanitaires l'ont fermé jusqu'à nouvel ordre.

 

Le tableau indique la température de l'air : 10°, celle de l'eau : 27°.

 

Le bâtiment est encadré d'un côté par le Rhône, le chemin aménagé pour les promeneurs, la piste cyclable, et, quelques mètres plus haut, par le large trottoir qui longe les quais, les immeubles... la ville et son trafic.

 

Il est possible de voir en contre-bas les nageurs à travers les barreaux qui protègent le centre nautique.

Il arrive qu'un passant, perplexe, lève le pouce pour féliciter l'original qui a osé s'aventurer dans l'eau. L'étonnement se comprend, le jugement se devine : est-ce un brin de folie, d'inconscience ou de courage qui pousse ces sportifs à pratiquer la natation dehors, en plein hiver ?

 

Certes, quitter les vestiaires en maillot de bain,

parcourir une dizaine de mètres, poser sa serviette sur le sol, entrer dans l'eau, en ressortir et faire le trajet inverse demandent un effort.

 

Mais cet effort est plus mental que physique : l'exposition au froid ne dure pas une minute.

 

L'arrivée dans l'eau est une récompense. Le corps n'a pas eu le temps de se crisper, il s'allonge naturellement.

 

Que le mouvement soit lent ou rapide, qu'importe, il fait bon, pendant toute la durée de l'exercice. La température du corps reste constante. Les longueurs peuvent s'additionner sans craindre le coup de froid. La tête, coiffée d'un bonnet, ne sent pas l'air glacé, même si l'eau a mouillé une partie des cheveux.

 

Bientôt, le plaisir s'installe :

celui d'avoir vaincu sa paresse et son appréhension,

celui de se retrouver dans un lieu unique et bien conçu,

celui de mettre son corps en mouvement,

celui d'arrêter la machine mentale qui liste les tâches à accomplir, boucle sur un problème ou s'enferme dans un souci, un chagrin, un malheur.

L'eau a le pouvoir de dissoudre les pensées désagréables. La tête est en congés, seul le corps existe.

 

Par contraste thermique, une vapeur d'eau s'échappe du bassin. Le nageur est dessous ce nuage qui non seulement le protège mais ne présente aucun danger. Le seul obstacle c'est la jambe ou le bras d'un voisin, quant à se perdre, c'est impossible, la route est balisée et toute droite.

 

Il nage, entouré d'éléments qui dans la littérature font peur. Les contes, les romans policiers ne montrent-ils pas la nuit comme dangereuse ? Le brouillard ne cache-t-il pas quelque monstre ? L'hiver ne comporte-t-il pas des risques de maladie, d'isolement, de perte de repères ?

 

Il nage, oubliant les préjugés : ce sport ne se pratique-t-il pas en été, pendant les vacances, pour se rafraîchir ?

 

Il nage sans prendre conscience qu'il balaie toutes ces croyances.

Il goûte sa liberté et son plaisir.

Dans quelque temps, revigoré et détendu, il replongera facilement dans sa vie.

 

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15 novembre 2021

Rencontres éphémères

RENCONTRES ÉPHÉMÈRES

 

 

 

nov 2021

 

 

 

 

Un banc public est fixé à un endroit précis : face à un plan d'eau, à un panorama ou sous une rangée d'arbres. Il invite le promeneur à faire une halte plus ou moins longue selon le lieu, la météo et le temps dont on dispose.

 

Il arrive que le paysage s'impose et nous convoque

à méditer,

à contempler,

à rêver.

 

Dans les parcs, il n'est pas rare de voir « des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics » comme chantait Brassens, mais aussi des lecteurs concentrés sur leur ouvrage, des familles qui pique-niquent, des jeunes qui chahutent ou des personnes âgées qui reprennent des forces avant de poursuivre leur chemin.

 

Pourtant, on parle de « bancs de solitude ».

 

Cette connotation pourrait paraître négative. Or, il n'en est rien, car l'objet, justement, sert à faciliter la relation.

 

Dans une cours de récréation, par exemple, le banc permet de nouer une amitié car l'école est un lieu clos qui abrite des enfants appelés à se recroiser aux mêmes moments.

 

Dans les squares où sont installés des jeux pour enfants, il n'est pas rare que des mères de famille, des nounous parlent entre elles de leurs bambins et se revoient régulièrement. Le banc devient alors un lieu de rendez-vous et d'échanges. La relation n'a lieu que sur le banc et dépasse rarement la grille du square.

 

Dans un jardin public, si la personne a une tête sympathique, un regard avenant, il est possible de lui demander la permission de partager un bout de « son » banc. Ces premiers mots tissent déjà un lien.

 

Si la conversation se poursuit, les propos restent souvent anodins. Rares sont ceux qui se risquent à aborder des sujets personnels ou d'actualité.

 

Il existe toutefois des rencontres qui provoquent la fuite, quand la personne, forte de son incognito, cherche une oreille attentive pour déverser son mal-être et ses difficultés de vie. Cela peut se produire sur un banc comme dans un train ou un avion. En ce genre de circonstances, chacun réagit comme il l'entend : accepter et écouter, ou refuser ce monologue en changeant de place, -dans un avion, c'est compliqué, mais il existe des stratégies pour se boucher les oreilles...

 

Toutefois, il est des rencontres éphémères dont on se souvient avec plaisir : telle infirmière parachutiste raconte ses missions de guerre, tel architecte célèbre s'enthousiasme pour son projet en cours... Ces personnalités extraverties piquent la curiosité de ceux qui les entourent même si elles en agacent certains.

 

 

Mais revenons nous asseoir sur un banc public. Sans aller jusqu'aux confidences, il arrive que celui qui prend place, ait envie d'échanger sur la lecture de celui qui est plongé dans un livre. S'il lève le nez et vous sourit, la conversation peut s'engager sur l'ouvrage, son auteur. Une fois le sujet épuisé, chacun retourne à son silence, satisfait.

 

Les bancs dits « de solitude » facilitent donc les rencontres mais elles restent éphémères car revoir un inconnu avec qui on a échangé quelques mots est aléatoire, sauf si le hasard est votre allié.

Mais le hasard existe-t-il ???

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13 octobre 2021

Musique de rue

FANFARE EN SI BÉMOL

 

 

 

souba

 

 

 

 

 

Les musiciens des rues offrent leur talent au public.

Classique, jazz, musique populaire, traditionnelle, chants, boîtes à rythme, tous ces genres distraient les passants de leurs tracas quotidiens.

Si l'artiste est brillant, le passant s'arrête quelques secondes, s'il est massacreur, il accélère le pas.

 

Des étudiants jouent pour se faire un peu d'argent de poche. Des personnes en difficulté financière cherchent à arrondir leur fin de mois, voire de jour. Les pièces sont bien visibles dans des étuis d'instrument, des tasses.

Des solitaires ou des groupes jouent simplement pour le plaisir.

 

 

L'homme est grand, solide. Jambes légèrement écarté, il se tient dans un coin retiré sur la pelouse qui longe le Rhône.

Son drôle d'instrument ne passe pas inaperçu.

D'abord, le promeneur l'entend : des notes basses qui semblent lancer une invitation à d'autres instruments pour se joindre à lui. Certes, sa musique ne manque pas d'intérêt, mais si un saxo, un tuba, une clarinette venaient, ensemble, ils constitueraient une bande.

 

Ensuite, la taille, la forme du cuivre, la position de l'interprète attirent l’œil.

 

Le musicien a enfilé le bras droit sur le côté, entre un tuyau arrondi et la partie centrale. Sa main droite repose sur les pistons. Le bas du pavillon est posé sur son épaule. L'homme est entré dans son instrument.

 

Chaque note vibre et se répercute dans son corps : des sons graves dont l'incidence a dû être étudiée par les spécialistes en musicothérapie.

L'énorme pavillon orienté sur l'avant projette les notes face au public.

 

Un couple et un enfant s'arrêtent, écoutent quelques instants puis interrogent le musicien. L'interprète nomme son instrument : souba, soubassophone. Il ne faut pas le confondre avec l'hélicon, un autre cuivre plus petit.

- Comment on t'appelle ? interroge l'enfant ?

Soubaphoniste.

Et celui qui joue de l'hélicon ?

Un joueur d'hélicon, répond placidement le musicien à cet enfant malicieux.

Tu peux prendre le métro avec ? interroge encore l'enfant.

Bien sûr ! Le pavillon se démonte.

Il désigne la housse posée sur la pelouse.

Non, il n'est pas gêné par le poids : presque treize kilos, tout de même, mais bien répartis ! La position de son corps ne réclame aucun effort particulier. Il évoque d'autres instruments qui peuvent provoquer des douleurs, par exemple, le violon qui contraint le bras, l'épaule, le poignet, les doigts ou bien l'accordéon dont le poids repose sur les épaules et tire sur la colonne vertébrale. C'est lourd un accordéon : entre six et quinze kilos.

Il montre ses mains, solides. Ce sont celles d'un sculpteur de pierre. Il rit, non, ce n'est pas son métier, il est encore étudiant. Il peint dans un atelier à la campagne. Lui, fait partie d'une Banda : une trompette, une clarinette et deux saxos. Son souba marque le rythme. Un jour, il a même donné un concert de rue avec un accordéoniste.

Leur groupe se promène dans les villes, leur répertoire, c'est surtout du jazz…

 

Les passants s'en vont, ravis. L'interprète pose de nouveau les doigts sur les pistons et joue quelques notes graves comme pour baisser le voile sur son univers.

 

Puis, bien vite, il entame un air connu, entraînant, de ceux que jouent les fanfares...

 

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30 septembre 2021

Un être étrange

TENUE DE CAMOUFLAGE

 

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Dénicher l'insolite n'est pas chose aisée. Cela ne se décide pas, car il ne suffit pas d'observer attentivement autour de soi, de se promener dans des quartiers inconnus pour le trouver. Souvent les jours s'enchaînent sans que l'oreille se tende ou que l’œil soit attiré. Le regard s'habitue à la banalité du quotidien. Alors arrive le moment où il vaut mieux renoncer et s'en remettre au hasard.

 

Ce jour-là, la chance, cette pichenette du destin, se présente discrètement : et tiens si tu tournais la tête !

 

L'insolite est bel et bien là, sur la devanture d'un magasin de tissus. Il trône sur un émoticone : jaune, masque blanc, yeux bleus. A quelques centimètres, un cartel rappelle la nécessité de respecter l'espace vital ou distance minimale entre deux individus qui ne se connaissent pas.

Un orthoptère ne sait pas lire. Il s'est posé à la verticale sur la joue de l'émoticone !

La bestiole reste statique, tétanisée par la vue de cet être étrange qu'elle n'a jamais rencontré dans la nature.

 

L’œil bleu rit de cette mise en abyme : une passante, regarde un orthoptère qui lui-même regarde un être inconnu. La vitrine, elle, reflète le ciel, la rue, les immeubles et la passante, qui, perplexe, cherche le nom de la bestiole.

 

Une photo est envoyée à des jardiniers expérimentés. Ils répondent :

Criquet ! Il est bien trop brun pour être une sauterelle !

Sauterelle ! Ses pattes sont longues, son corps plus allongé que celui d'un criquet.

 

Bref, tous n'ayant jamais rencontré un tel hybride consultent leurs tablettes et planches d'insectes. En vain.

 

Alors pourquoi ne pas nommer cet hybride : sautequet ou criquetelle !

 

De toute façon, c'est un égaré dans la ville. Il n'a rien à faire sur un masque protégé par une vitrine. La représentation d'un masque pour être plus exacte.

 

Que va-il trouver à se mettre entre ses mandibules ?

D'où vient-il ?

On dit que des sauterelles s'agglutinent en nuages et s'abattent sur les récoltes pour les ravager.

Un entomologiste l'a peut-être domestiqué et libéré pour quelques heures...

 

Le sautequet ou criquelle n'a pas envie de bouger…

 

Alors, laissons-le à sa méditation !

 

 

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01 juin 2021

CENTENAIRE FREDERIC DARD

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Don de Christiane MUET

FRÉDÉRIC DARD

aurait eu 100 ans en juin 2021

 

 

Il est des auteurs classiques et d'autres qui suscitent l'enthousiasme de leur lectorat parce qu'ils sortent des chemins. Frédéric Dard fait partie de ceux-là.

Frédéric Dard a longtemps été décrié parce qu'il bousculait les codes et prenait des libertés langagières... mais il se moquait de la bienséance.

Il dérangeait à une époque où la société était conformiste voire coincée.

Tous ceux qui ont fait la connaissance de San-Antonio et de son acolyte, Bérurier, n'ont pas oublié les fous-rires qu'ont suscités ces deux personnages.

 

La carrière littéraire de Frédéric Dard ne s'est pas limité aux polars, très tôt il a publié des pièces de théâtres, et, toute sa vie, il s'est frotté aux romans plus traditionnels « les gros », comme il disait. 

Aujourd'hui, Frédéric Dard est toujours lu, il a même sa place dans les manuels scolaires.

 

 

Le samedi 12 juin, Saint Chef en Dauphiné va célébrer l'enfant du pays qui repose dans son cimetière.

Le musée du patrimoine va rouvrir ses portes pour faire découvrir au public l'espace qui est consacré à Frédéric Dard : son œuvre, ses objets personnels et ses documents inédits.

 

Pour lui rendre hommage lisons quelques lignes de SANA pour le plaisir :

 

Meurs pas on a du monde : Le pilote devait être dans les hâtes de rentrer calcer sa bergère, car il posa son fer à souder avec dix broquilles d'avance sur la piste de Genève Cointrin ; qu'à peine si les mignonnes hôtesses eurent le temps d'arracher leurs plateaux aux trois voraces curiaces qui boulimaient en first.

 

Passe-moi la Joconde : C'était bien un chien qui se tordait sur la route. Dans la clartéde mes phares, je l'avais pris pour une feuille de journal chiffonnée et agitée parla brise nocturne. Mais au fur et à mesure que je m'en approchais, je voyais qu'il s'agissait d'un clébard. Un clébard blanc.

 

A San Pedro ou ailleurs : Une ligne de cocotiers bordait la mer. Toutes les couleurs étaient accusées : le vert bleuté de l'eau, la blancheur de la barre d'écume, le jaune or du sable, le vert foncé de la forêt, à droite, aussi infinie que l'océan.

 

Tête de sac de nœuds : Il a changé de parfum, de costume et de maîtresse. Il m'annonce qu'il se propose de changer également de voiture.

 

Tu vas trinquer San -Antonio : Accoudés au bastingage du Liberté, Pinaud, Bérurier et moi-même, autrement dit San-Antonio le valeureux, re-autrement dit le fils unique et préféré de Félicie, nous regardons mélancoliquement le quai de débarquement de la French Line sur lequel se presse une foule qu'un académicien diplômé de l'État qualifierait certainement de bigarrée, mais qui, en tout état de cause, est sans conteste nombreuse.

 

Ceci est bien une pipe : Un Chinois à la con a écrit que l'expérience est une lanterne qu'on porte dans son dos et qui n'éclaire que le passé.

 

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22 mai 2021

EN TERRASSE

EN TERRASSE

 

orange pressee

 

Il faut attendre pour obtenir une place. Il pleut. Les consommateurs s'installent sous le toit bâché.

 

Le café restaurant a ouvert sa terrasse de bonne heure. On sert toute la journée : repas, collations, boissons.

 

Les consommateurs sont mélangés : ceux qui savourent une orange pressée côtoient ceux qui se restaurent d'un filet de poisson, ou d'une crêpe, ceux qui fument devant leur café, ceux qui respirent passivement les microparticules de tabac.

 

Personne ne parle de pollution.

Personne ne semble importuné.

Personne ne rouspète.

 

Le personnel s'affaire. Il faut reprendre le rythme, rester disponible et garder son sourire en toute circonstance.

 

En ville, la terrasse de café est le seul endroit où les masques tombent. Ils sont relégués dans les poches, les sacs ou sous les mentons, formant alors des barbes noires ou blanches aussi bien aux hommes qu'aux jeunes femmes blondes.

 

La couleur égaye les verres : le vin brille comme de l'or. Les jus de fruit annonce l'été qui arrive.

 

Les bruits, pollution d'antan, chantent la vie qui reprend.

 

Les conversations vont bon train. On discute projets, relations, vacances, futilités, balayant les soucis et la lourdeur des mois précédents.

 

La bête microscopique est méprisée. Il n'est pas question que cette personna non grata joue encore les vedettes ou qu'elle soit d'un intérêt quelconque.

Qu'elle fiche le camp ! Qu'elle meure !

 

Chacun se sent fort, heureux.

 

La vie reprend, calme, savoureuse, au milieu d'inconnus, présence précieuse,

chaleureuse,

humaine,

simplement humaine.

 

Lyon, 21 mai 2021

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11 mars 2021

LA PUISSANCE DU RÊVE

 

 

LA PUISSANCE DU RÊVE

 

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Peinture sur toile 90x90 (2021)

Actuellement à la galerie Vis'art

26 quai Romain Rolland 69005 Lyon

https://atelierart91.glideapp.io/

 

L'abstraction lyrique joue sur l'émotion, celle du peintre et celle du spectateur. Les deux ne se rejoignent pas forcément car le moi qui peint et le moi qui regarde projettent chacun leur propre univers sur la toile : univers où se mêlent le conscient et l'inconscient.

Ce voyage intérieur est intime et mystérieux.

 

Il est des poèmes comme des tableaux que les explications dérangent. Comment être sûr des intentions de l'artiste, comment comprendre son geste, comment ne pas le trahir ? Peut-être en se contentant de regarder et de nommer le visible sans chercher à l'interpréter afin que jaillissent les émotions.

La toile de Dominique Phénix que j'ai intitulée « La puissance du rêve » est baignée de bleu, comme si l'eau et le ciel, complices inséparables, voulaient envelopper et masquer le décor.

 

Commençons donc par le choix de la palette : les camaïeux de bleus dominent, puis s'ajoutent du noir, du blanc et quelques touches de vert.

Le bleu, raconte Michel Pastoureau, médiéviste et historien d'art, est devenu au fil des ans notre couleur préférée alors qu'avant le XIIème siècle il symbolisait le deuil, la peur, le malheur.

Ici, il s'agit davantage de mystère que de noirceur et de peur, car la toile est jalonnée de points de repère : la verticalité, la lumière, des objets flous et surtout une composition très construite qui guide le regard vers le fond du tableau.

 

A premier plan, à gauche, les traits de pinceau et le jeu de couleurs créent un mouvement, peut-être s'agit-il d'un étang, d'un marais. Reviennent en mémoire des lieux connus, des souvenirs de paysages ou de promenades…

 

L’œil est ensuite attiré par la lumière, il hésite à nommer ce qu'il voit : des arbres, des ifs, recouverts de glace ou bien des jets d'eau pétrifiés.

 

Au sol, sont posés, ça et là des reflets comme une invitation à s'aventurer plus loin. Alors avançons !

Mais comment ? Le sol paraît incertain, spongieux comme une tourbière. Le pied toutefois pourrait se poser sur les surfaces noires qui ressemblent à de la terre bien solide, une sorte de gué qui file vers l'arrière plan.

 

Arrêtons-nous avant du côté droit, vers les buissons. Des volutes de fumée ou de brouillard empêchent d'identifier ce qui se cache dans cet espace. Quelques traits noirs et verticaux font penser à des silhouettes.

 

Les touches de lumière, nous entraînent, tels les cailloux du Petit Poucet, vers le fond du tableau, vers ce qui pourrait ressembler à l'esquisse d'une fontaine.

 

Dominique Phénix a créé le mystère en suggérant l'air, la terre et l'eau et en les enveloppant de bleu. Nous sommes en pleine nature, dans un décor étrange, où tout appelle au rêve, à un voyage intérieur teinté de bleu, apaisant…

France Lestelle,

 

 

 

 

 

* Michel Pastoureau : Bleu, histoire d'une couleur, Le Seuil, 2000

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26 janvier 2021

NEIGE

 

 

 

neige

 

 

 

À L'ENFANT QUI VIT EN NOUS

 

 

 

 

 

Ce dimanche-là, les vers tendres de Maurice Carême sont venus réveiller les Lyonnais :

Il a neigé dans l'aube rose

Si doucement neigé.

 

Chacun s'est précipité pour immortaliser ce phénomène éphémère sur son téléphone.

 

Chacun s'est souvenu des vers d'Apollinaire :

Dans la nuit de l’hiver

galope un grand homme blanc

galope un grand homme blanc

 

Et le bonhomme blanc était bien là. Il avait même convoqué toute sa famille : dans les parcs, les squares, les jardins. Il y en avait même dans des endroits insolites, là sur une chaise du jardin des curiosités, et là, un autre au bord d'un trottoir entre un véhicule en stationnement et une poubelle.

 

 

La neige a réveillé l'enthousiasme.

 

Il fallait toucher, voir, emmener les enfants dans les squares, rire de la prudence excessive des automobilistes, des cyclistes, des piétons.

 

La neige a réveillé l'enfance :

avec ses Noëls imaginaires,

ses feux dans la cheminée,

le silence de la nature,

le crissement des pas du visiteur,

les jeux dans les cours de récréation, quand les batailles de boules de neige étaient encore autorisées,

les mains glacées et rougies,

le cache-nez, les gants,

le bonhomme dans le jardin,

qui dominait les tiges des choux de Bruxelles

et les poireaux gelés.

 

Soudain, un flocon, étoile magique et légère, est venu chanter un vers d'Apollinaire :

Le cuisinier plume les oies.

 

Après le rire, la tristesse d'Émile Verhaeren a voulu s'imposer :

La neige tombe, indiscontinûment,

Comme une lente et longue et pauvre laine,

Parmi la morne et longue et pauvre plaine,

Froide d'amour, chaude de haine.

 

Un rêve éveillé se dissipe toujours…

 

La neige a fondu,

laissant derrière elle quelques traces magiques dans les conversations.

 

 

Dimanche 17 janvier 2021

 

 

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