Plume et clavier

04 février 2023

DOUCE NUIT

LA NUIT

 

 

NUIT

 

 

 

 

L'homme préhistorique se contentait de la journée pour organiser ses tâches. La nuit, il se reposait. Lorsqu'il a découvert le feu, il a pu s'aventurer hors de son territoire et allonger sa journée. Il a pu affronter le danger, outrepasser ses peurs, vaincre le noir qui symbolise le moment où la vie s'éteint, où la mort s'installe.

 

Aidée de la lune et des étoiles, la nuit dissimule, joue avec les ombres, cache le visible et enfante le mystère.

L'homme, dont l'imagination déborde, l'a personnifiée comme si elle avait quelques pouvoirs. Ainsi est née la sorcellerie.

 

Les conteurs exploitent largement toutes les connotations négatives de la nuit pour créer des ogres, des monstres, des loups-garou et faire peur aux enfants.

Les auteurs de romans et de films policiers ou « noirs », eux, font trembler les adultes : minuit l'heure du crime ! Il est facile d'y mettre en scène les horreurs, magouilles, braquages, vengeances, meurtres, de lâcher les psychopathes dans des lieux sordides.

 

Chaque soir, nous souhaitons « bonne nuit » à notre entourage, afin d'éloigner les cauchemars et les insomnies.

Ne rentre pas trop tard ! Fais bien attention à toi ! Combien de fois avons-nous entendu ces paroles bienveillantes, censées éloigner une potentielle agression ! Chacun sait bien que la nuit,le danger rôde…

 

Heureusement, en éclairant le réel, « la fée électricité » ramène à la raison les esprits tourmentés.

Tout n'est pas que lumière ou ténèbres, il existe nombre de tonalités de gris au moment où la nuit et le jour deviennent complices :

Dès potron-minet, l'aurore pousse doucement les ténèbres hors du ciel pour prendre place, et, le soir, le crépuscule chasse lentement le soleil au-delà de l'horizon. Tout se fait en douceur.

 

Les gros dormeurs, les noctambules, les amoureux attendent la nuit avec plaisir.

Tendre est la nuit, lorsqu'elle laisse des souvenirs inoubliables :

Ô nuit enchanteresse !

Divin ravissement

Ô souvenir charmant !

Folle ivresse ! Doux rêve !

chante Nadir dans Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet.

 

La nuit inspire les poètes :

Pour Victor Hugo, elle est le moment où « les choses de l'ombre vont vivre . Elle instaure un «sombre silence ».

Pour Rimbaud, elle est tantôt éternels éclairs tantôt symbole de l'enfer sur terre.

Pour Musset, les Nuit de mai, Nuit de décembre, Nuit d'août, Nuit d'octobre symbolisent les différentes étapes de son histoire d'amour avec George Sand.

 

Si la nuit a le pouvoir de libérer notre inconscient et de jouer avec nos peurs, elle favorise également la création, cache nos amours, intrigue les scientifiques, pousse à la découverte.

 

Chacun a donc le choix de voyager au bout de sa propre nuit, de la retenir, de l'éclairer ou de l'ignorer.

 

 

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22 janvier 2023

La chevelure

UN HÉMISPHÈRE**

 

GREUZE

 

 

La chevelure répond à une mode ou bien suit une coutume. Au fil des siècles, elle s'est adjointe un accessoire d'importance : le chapeau.

Quelle que soit l'époque, cheveux et chapeaux ont dû s'accorder, voire devenir complices. Bibi, bicorne, bonnet, canotier, capeline, casque, casquette, cloche, feutre, galurin, gibus, haut de forme, melon, panama, stetson, sombrero, toque… tous ont discipliné les cheveux pour pouvoir tenir en place.

 

Jusqu'au milieu du XXème siècle, la bienséance exige que l'on sorte « couvert » d'un chapeau, d'un foulard, d'un fichu, d'un bandeau, d'un turban. Le chignon et les anglaises sont laqués, aucun cheveu ne doit être rebelle. Mais c'est sans compter sur le besoin d'émancipation de la femme qui ose couper. Le chapeau s'adapte, résiste grâce aux modistes qui façonnent le feutre et la paille. Leurs créations s'ornent d'oiseaux, de plumes, de fleurs, de verdure et de perles….

Une fois par an, les Catherinettes, jeunes femmes célibataires de 25 ans, portent des chapeaux extravagants pour séduire un éventuel futur mari.

 

 

La chevelure, si elle joue avec la mode, s'est toujours libérée dans l'intimité. Elle séduit :

Ces cheveux, ces liens, dont mon cœur tu enlaces,

écrit Ronsard.

 

Dans les années 1960, Brigitte Bardot lance la « choucroute ». En 1968, la jeunesse manifeste. Les hommes laissent pousser leurs cheveux. Les femmes s'autorisent toutes les fantaisies.

Plus les cheveux sont longs, plus les idées sont courtes, leur rétorquent les conservateurs.

 

La bourgeoisie porte encore le chapeau mais il se fait discret. Le métier de modiste disparaît, les boutiques de chapellerie ferment les unes après les autres. L'industrie du foulard et les ateliers de soie résistent tant bien que mal.

Seule Élisabeth II d'Angleterre, du début à la fin de son règne continue souverainement à assortir la couleur de ses chapeaux à celle de ses tailleurs.

 

Aujourd'hui, le chapeau, la casquette protègent du froid ou du soleil et chacun adopte la coiffure qui lui plaît : cheveux longs, coupés, frisés, teints, organisés, déstructurés. L'adolescent s'amuse avec les teintures vertes, rouges, bleues…

Les Américaines, qui optent majoritairement pour les cheveux longs, disent reconnaître les Françaises à leurs coupes.

 

Quelle que soit son histoire et son évolution, la chevelure reste, néanmoins, affirmation de soi.

Toutes les femmes qui prennent de l'âge ne se voient pas forcément le cheveu gris.

Les footballers dessinent des formes géométriques.

Les Jamaïcains portent et exportent des dreadlocks.

 

Fantaisiste ou non, la chevelure met le visage en lumière :

Chevelure, flammes ingénues qui léchez un cœur invalide,

écrit Aimé Césaire.

Elle ensorcelle :

Ô beaux cheveux argent mignonnement retors !

écrit Joachim du Bellay.

 

Enfin, selon Baudelaire, elle permet

d'accéder à la spiritualité,

de s'évader vers des pays lointains,

de goûter la sensualité.

Elle est tout à la fois : monde animal, végétal, rêve idéal :

Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !

Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !

Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure

Des souvenirs dormant dans cette chevelure,

Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

 

* Tableau de Greuze (1786), collection Wallace -Londres-

** Titre du poème en prose de Baudelaire,

 

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04 janvier 2023

MEILLEURS VOEUX

 

 

 

 

MEILLEURS VŒUX

 

TROUEE 2

 

 

 

 

Quand le ciel s'obscurcit, il existe toujours une trouée dans les nuages qui laisse passer la lumière et son message d'espoir.

Le ciel, comme l'horizon et la vie, se renouvellent perpétuellement et offrent des surprises.

 

Tout est question de regard :

les oracles lisaient dans le ciel la volonté des dieux,

les Gaulois pensaient qu'il pouvait leur tomber sur la tête, les croyants y logent leur Dieu et les morts,

les enfants y voient des éléphants, des lapins, des monstres menaçants...

les pilotes y cherchent leur trajectoire.

Les astrophysiciens fouillent l'immensité du cosmos.

Les Français mettent un nuage de lait dans leur thé alors que les Anglais leur préfèrent une goutte.  Les métaphores des nuages et du ciel appartiennent à toutes les langues.

 

 J'aime les nuages, les nuages qui passent… là-bas… à-bas… les merveilleux nuages, Baudelaire.

Alors pour 2023, laissons passer les nuages.

 Regardons vers les trouées.

Tel un capitaine affrontant la tempête, nous allons mener notre bateau tant bien que mal,

en mettant en pratique nos connaissances de navigation,

en comptant sur la solidité du bâtiment,

en acceptant la compétence et la solidarité de l'équipage.

 

Que 2023 soit l'année des entreprises et des réussites,

des petites et grandes joies,

de l'amour,

du plaisir de se retrouver,

de la sérénité et de l'épanouissement personnels.

 

France Lestelle, janvier 2023

 

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02 novembre 2022

Ô, mon beau miroir !

REFLET DUPLICATA

 

 

MIROIR, REFLET DE L'INCERTITUDE !

 

 

 

Le miroir capte la lumière et sublime ce qui s'y reflète.

Depuis l'Antiquité, nos yeux ont les mêmes pouvoirs :

Pour les iridologues, les pupilles dévoilent notre état de santé.

Pour les spécialistes en morphopsychologie, la forme des yeux, leur couleur sont révélatrices de notre psyché.

Communément, chacun croit déchiffrer les pensées et émotions de l'autre en plongeant dans son regard.

 

Dans La Beauté, Baudelaire, les yeux séduisent :

J'ai pour fasciner mes dociles amants,

De purs miroirs qui font toutes choses plus belles,

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles.

 

Belle illusion !

Chez Apollinaire, le miroir est complice de la duperie :

La force du miroir trompa plus d'un amant

Qui crut aimer sa belle et n'aima qu'un mirage.

 

Nombreux sont les créateurs qui ont utilisé le miroir soit pour révéler la beauté ou la face cachée de l'âme.

 

Dans les contes, le miroir est un élément du merveilleux. Par exemple, dans La Belle et la Bête il montre à la Belle ce qui se passe ailleurs, soit chez son père, soit dans le château de la Bête, la mettant ainsi face à un dilemme : comment soulager les tourments de l'un sans faire souffrir l'autre.

Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ? demande Grimhilde, l'horrible reine. Invariablement, l'objet-magique lui renvoie la beauté et la jeunesse de Blanche-Neige.

Les psychologues parleraient là, de reflet miroir : nous projetons sur l'autre ce que nous sommes et ce que nous désirons. Limage que voit la reine dans ce conte ne fait qu'accroître sa haine et sa jalousie envers Blanche-Neige.

 

Le miroir nous questionne donc sur nous-même, sur les autres, sur le monde qui nous entoure, nous montre ce que nos yeux parfois refusent de voir.

 

Alain nous dit : Tous les arts sont des miroirs où l'homme connaît et reconnaît quelque chose de lui qu'il ignorait.

Ajoutons à cette citation la définition du mot « reflet » que nous donne R de Piles, en 1677 : ce qui est éclairé dans les ombres par la lumière que renvoient les objets voisins et éclairés.

Donc chaque objet devient le miroir de son voisin. On ne quitte pas l'effet-miroir déjà évoqué.

 

Les peintres et les photographes exploitent ces interactions en permanence : ils accrochent la lumière, jouent avec les aplats, les clairs-obscurs, intensifient le flou et créent ainsi un monde qui mène à la poésie, à la rêverie, à la réflexion.

 

Dans la nature, le miroir modifie également le réel, le rendant parfois étrange. Il suffit d'observer un paysage se réverbérant dans l'eau : les contours sont incertains.

 

Qu'ils soient concaves, convexes ou plats, les miroirs nous aident dans notre sempiternelle quête de sens :

Qui sommes-nous ?

Le miroir a beau renvoyer une réponse, celle-ci n'est jamais satisfaisante car elle reste ponctuelle, conforme à l'instant. Cette relativité déstabilise.

 

Pour obtenir des certitudes et se sentir enfin rassurés, il faudrait briser tous les miroirs qui nous environnent et ne se regarder que dans les miroirs aux alouettes.

 

 

 

 

 

 

 

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13 octobre 2022

VILLE OPAQUE

BROUILLARD

Brouillard

 

Un brouillard matinal du moment fera place à un temps ensoleillé, annonce la radio.

 

Ce matin, Lyon paresse avant de se lever. Le brouillard traîne sur le Rhône, au nord de la ville.

Vers le sud, pourtant, le paysage est totalement dégagé.

 

Lorsque la couche est fine, les gouttelettes suspendues s'évaporent dès que le soleil réchauffe l'atmosphère, mais si elle est bien épaisse, tout devient plus étrange...

Le brouillard a tout mis

Dans son sac de coton

Le brouillard a tout pris

Autour de ma maison.

écrit Maurice Carême dans Le Brouillard.

 

Les romanciers aiment dissimuler des événements derrière ce rideau opaque. Ils font alors du brouillard un acteur suspect ou terrifiant.

Dans Les Envoûtés, par exemple,Gombrowicz fait errer ses personnages dans des marais brumeux.

Dans Le Chien de Baskerville, le brouillard modifie toutes les perceptions et devient élément de suspense. Conan Doyle piège le lecteur du début à la fin de la nouvelle.

 

En peinture, et chez les Impressionnistes, notamment, le brouillard est le sujet du tableau. Turner, Monet, Sisley, Pissaro ont su capter cet éphémère pour l'immortaliser.

 

Ces romans et ces tableaux parlent à notre imaginaire et nous rappellent également nos propres expériences car le brouillard est associé au « mauvais temps », aux sentiments désagréables : peurs totalement irraisonnées, tristesse... Il renvoie à l'automne et à la froidure de l'hiver.

 

Je vous aime et vous loue

D'envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau

d'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

écrit Baudelaire dans Brumes et pluies.

 

Lorsque l'esprit est nébuleux, il est bien difficile de garder son esprit critique. Pourtant le brouillard engendre un doute utile. Il faut parfois du temps pour que les idées jaillissent ou qu'une décision soit prise. Il est rare qu'un texte soit clair, qu'une pensée soit juste, qu'un compte soit exact sans un brouillon préalable.

 

Si nous savons que la nuit cesse le matin, le brouillard, lui, se lève quand il veut.

S'il est épais et dure plusieurs jours, il fait disparaître les repères familiers, l'humidité s'installe, les déplacements sont limités. Il faut faire face alors à cet entre-deux désagréable.

 

Bien évidemment, si la radio l'annonce, ce n'est pas pour que nous nous cherchions l'inspiration face à une feuille ou une toile blanche. Il est nécessaire d'avertir les automobilistes des conditions de circulation surtout depuis que les statistiques rendent le brouillard responsable d'accidents graves voire mortels bien qu'il ne tienne pas le volant !

 

Venant en nappe ou s'épaississant en pleine campagne, il réduit la visibilité et exige donc une conduite prudente. Sortir de sa route, c'est aller dans le décor !

Les avions et les bateaux, eux, sont munis de radars et peuvent foncer dans le brouillard sans dommage.

 

Si le brouillard peut ralentir un récit, interroger le spectateur, gêner la circulation, perturber l'entendement, il nourrit les écosystèmes et inspire les créateurs :

 

Le brouillard léger se lèche comme un chat

Qui se dépouille de ses rêves

L'enfant sait que le monde commence à peine :

écrit Paul Éluard,dansAu Plafond de la libellule.

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01 octobre 2022

Où est le toit du monde ?

TOIT

 

 

Toits de Venise

 

 

 

Il est particulièrement instructif d'observer les toits d'une ville. La configuration : pente, matériau, couleurs et formes, tout révèle un style architectural car les toits, comme les autres éléments d'un bâtiment, sont soumis aux règles définies par l'urbanisme afin de donner une unité à un quartier ou à une ville.

 

Du haut d'une tour, d'une colline ou en avion, le regard s'arrête d'abord sur tout ce qui dépasse : château, église, dôme, édifice public. Les toits apparaissent alors comme des éléments essentiels. Ce sont des couvertures qui tiennent bien au chaud ceux qui vivent ou circulent dans ces bâtiments.

 

Avoir un toit !

Cette expression renvoie d'abord à la notion de logis donc d'abri contre les intempéries, le froid, les agressions :

Mais au-dehors,

Le meute innombrable des vents

Aboie, autour des seuils et des auvents…,

écrit Émile Verhaeren dans Un toit là-bas

 

Celui ou celle qui vit dehors, devient S.D.F., affronte le danger de la rue, lutte pour manger à sa faim et se trouve en marge de la société, sans protection.

 

Vivre sous le même toit !

Cette expression renvoie à la cellule familiale, au groupe. Partager le quotidien suppose l'entente, l'amour ou à défaut, la capacité de se supporter.

 

Le toit représente donc symboliquement la protection et la limite entre le privé et le public. Personne n'a accès à cette partie intime à moins d'y être invité. Être accueilli sous le toit de quelqu'un est un privilège. Chacun est maître sous son toit.

 

Crier sur tous les toits,

C'est franchir cette limite privée pour s'adresser à tous connus ou inconnus. Il faut que tout le monde sache cette nouvelle extraordinaire, cette joie immense, cette injustice insupportable...

Les cigognes, les oiseaux nichent ou viennent se poser quelques instants sur les toits.

Sur chaque ardoise

qui glissait du toit

on

avait écrit

un poème

La gouttière est bordée de diamants

les oiseaux les boivent.

écrit Pierre Reverdy, dans son poème intitulé Les Ardoises du toit.

 

Verlaine regarde au-delà du toit et observe le ciel depuis sa prison :

Le ciel est par-dessus le toit

Si bleu, si calme !

 

Une échelle nous permet d'atteindre un toit ou de grimper dessus. Un ascenseur donne accès à un « roof-top », ou terrasse aménagée par un restaurant ou un café.

 

Cependant qui peut atteindre le toit du monde, mis à part quelques rares alpinistes parmi les plus entraînés, les plus aguerris ?

Ceux qui ont grimpé les 8848 mètres de l'Everest, ont souffert, ont éprouvé à l'extrême leurs capacités mentales et physiques, ont franchi « la zone de la mort » pour toucher de la main la limite entre la terre et le ciel.

Mais l'homme ne se contente pas de ce toit symbolique. Tout le pousse à aller encore plus haut, encore plus loin, au-delà de ce que son corps lui permet, alors il crée des avions, des fusées, des stations spatiales.

 

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21 septembre 2022

 

DE L'EAU,

 

DES ARBRES,

 

 

DES NÉNUPHARS

 

 

nenuphars

 

 

 Tout ce que j'ai fait était de voir, disait Claude Monet.

Combien d'heures de contemplation lui a-t-il fallu pour créer à partir de ce que son œil voyait ?

 

Certes, Monet était capable de voir les cinquante nuances de vert, la transparence de l'eau, la vie sous sa surface, les reflets qui scintillent, le frémissement du feuillage, le soleil qui poursuit sa course. Mais pendant que son œil voyait, le travail de création se mettait en route.

Pendant plus de trente ans, Monet s'est posté face à la nature, à l'eau, aux nénuphars pour raconter son paysage intérieur : un univers de deux cent cinquante toiles.

 

Les créateurs portent un regard particulier sur tout ce qui les entoure :

Le photographe choisit un angle, une lumière, un objet insolite, multiplie les clichés. Puis il sélectionne les meilleurs et les retouche.

 

Pour un écrivain, le paysage devient personnage à part entière, témoin ou complice :

La nature amoureuse dormait dans les grands bois sourds,*

écrit Victor Hugo : Rose est amoureuse, et le jeune homme qui l'accompagne lors d'une promenade dans les bois, est aveugle, sourd à ses avances.

 

Personne n'a besoin de brosses, de pinceaux, d'appareil photos ou de mots pour admirer un paysage. Mais que nous le voulions ou pas, que nous soyons artistes ou pas, la nature, n'est pas uniquement constituée d'arbres, d'eau, d'un ciel ou de nénuphars.

 

Le regard, l'ouïe, le corps tout entier perçoivent et puisent en elle selon le moment et l'humeur : harmonie de couleurs, mouvement dans un feuillage, chant d'oiseau, bruissement dans un taillis, clapotis de l'eau, vie cachée, atmosphère paisible...

 

Tel Narcisse, face à son miroir, nous ne voyons que notre propre reflet dans l'eau,

les arbres,

les nénuphars.

 

 

 

* Victor Hugo -Les Contemplations – Vieille chanson du jeune temps -1856

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04 septembre 2022

Entrebâillons discrètement la porte..

 

 

 

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Alfred de Musset -

 

 

Les portes

 

 

 

La porte désignait uniquement un lieu de passage qui permettait d'entrer dans une ville, un château.

Mais comme une langue vit, se transforme grâce à ses ajouts et glissements de sens… au XIème siècle, le mot porte est venu remplacer l'huis d'une maison.

La justice utilise encore huis dans l'expression à huis clos, pour qualifier un procès où le public n'est pas admis.

 

Quoi qu'il en soi, dans une maison, une porte marque la limite entre l'extérieur et l'intérieur. Il faut en posséder la clé, sonner ou frapper pour qu'elle s'ouvre.

La maîtresse de maison ou le maître ne se tiennent-ils pas dans son encadrement pour accueillir leurs invités.

 

Mieux vaut passer par la grande porte! La petite suggère que vous n'êtes pas forcément le bienvenu, que vous n'êtes qu'un domestique ou que l'on attend de vous une certaine discrétion.

 

La porte cochère témoigne d'un temps où les déplacements se faisaient en calèche.

 

Le portail se met sur une clôture et le portillon vers un jardin. Tous deux éloignés de la porte d'entrée ou de la porte de service.

La portière ferme la voiture.

 

Le cœur ouvre sa porte en toute confiance.

Le pied la cogne de colère.

L'indiscret y colle son oreille.

L'exclus et le mécontent la prennent bien souvent à regret.

L'inopportun la reçoit sur le nez

Celui qui est aimable comme une porte de prison est à fuir.

 

La porte du ciel marque la limite entre le monde réel et le monde spirituel…

 

Francis Ponge, qui aimait tant les objets, nous rappelle que Les rois ne touchent pas aux portes

Ils ne connaissent pas ce bonheur : pousser devant soi avec douceur ou avec rudesse l'un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place, -tenir dans ses bras une porte…

Le Parti pris des choses, 1942

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25 août 2022

ET MOI ET MOI...

SELFIE

 

SELFIE

 

 

 

Le mot selfie est apparu au début de ce siècle pour désigner une photo faite par soi-même afin d'être postée sur les réseaux sociaux.

 

Traduire ce mot par « autoportrait » est un contresens même en lui ajoutant l'adjectif « numérique » pour désigner sa spécificité.

 

Le selfie se partage entre amis réels ou virtuels. Il sert à montrer que l'on existe, que l'on a vécu un moment particulier et festif que l'on tient à faire savoir.

Le selfie ne cherche pas l'esthétisme. Il est instantané, naturel, se veut sympathique, drôle. Quand il est raté, -ce qui est souvent le cas- il devient autodérision.

 

Les Canadiens lui préfèrent l'égoportrait. Ce vocable met l'accent sur le besoin d'exister dans ce vaste monde de la toile.

 

Même si les téléphones sont devenus performants, rien ne peut remplacer le véritable appareil photo et surtout l’œil exigent du professionnel qui choisit le décor, règle la lumière, parle à son modèle pour le mettre à l'aise ou l'inviter à prendre une pose.

L'artiste va enregistrer des centaines de clichés pour n'en sélectionner qu'une petite dizaine qu'il estime réussis. Au besoin, il fera des retouches pour atteindre le portrait idéal.

 

L'autoportrait se réalise en dessin ou peinture, il est création artistique. Il est révélation, non seulement de la ressemblance avec son auteur, mais aussi d'une intention précise et travaillée.

 

Il suffit de songer à ceux de Rembrandt, Van Gogh, Picasso, Vigiée le Brun, Berthe Morisot, Frida Kahlo, pour ne citer que ces artistes.

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24 août 2022

CONCERT

 

 

MISE EN LUMIÈRE

 

spots 2

 

 

 

 

Le public assiste à un concert, une pièce de théâtre, va voir un film. Il se dérange parce qu'il a lu un programme. Il paie pour passer un bon moment, apprécier une œuvre, la critiquer, la recommander ou pas.

 

Mais, lorsqu'il quitte le spectacle, se souvient-il du nom de éclairagiste, de la maquilleuse, de l'ingénieur du son... ?

 

La plupart du temps, tous ceux qui ont travaillé en amont ou qui sont hors-champ restent anonymes.

Pourtant chacun des membres d'une équipe technique joue un rôle essentiel et participe au succès du spectacle.

 

8 août 2022, Uzerche.

 

Il est vingt-heure trente. Trois musiciens occupent la scène : un violoncelliste, un contrebassiste, un guitariste. Le groupe interprète du classique, du jazz et de la musique folklorique.

Dès les premiers accords, la salle est séduite.

Les regards sont concentrés sur les mains du violoncelliste. L'archet glisse, tape, vole, perd des crins. La main droite s'arrête, court et parcourt le manche sur toute sa longueur.

 

C'est époustouflant !

 

L'artiste est exceptionnel : son jeu, sa maîtrise surprennent, fascinent, dépassent toutes les attentes. Son instrument n'est pas calé sagement entre ses jambes. Il produit des sons inhabituels, marque le rythme, occupe tout l'espace musical.

 

L'expression « faire corps avec son instrument » prend tout son sens.

 

L'émotion est si violente, le spectacle si captivant qu'il devient soudain nécessaire de reprendre sa respiration et de mettre un peu de distance.

Naturellement, le regard se lève vers la lumière : un faisceaux de spots orange, bleus, jaunes et blancs éclairent la scène, les musiciens, les instruments.

Éclairer, c'est la fonction première de la lumière.

La seconde, c'est sa participation au spectacle. Dans un concert rock ou pop… le balayage des faisceaux ponctue le rythme, entraîne la foule.

Ce soir-là, la lumière reste immobile.

La sobriété de cet éclairage invite le spectateur à prendre une pause de quelques instants et à écouter différemment : dissocier la partition de chacun, apprécier la cohésion du trio, prendre conscience de ses propres étonnements…

 

Comme il serait dommage de quitter mentalement le spectacle !

Alors, le regard retourne sur l'instrument.

 

L'émotion renaît, plus apaisée.

 

La fascination s'est décuplée.

 

 

Merci à Loco Cello :

François SALQUE, violoncelliste,

Samuel Strouk, guitariste,

Jerémy Arranger, contrebassiste.

 

 

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